Histoire de la ville
Le Mellah, le quartier juif de Marrakech.
Cinq siècles d’histoire tiennent dans quelques hectares au sud de la médina. Le Mellah a compté jusqu’à quarante mille habitants, il en garde aujourd’hui l’architecture, la synagogue et le cimetière. Voici ce qu’on y voit et ce qu’il faut savoir avant d’y aller.
Pourquoi un quartier séparé
Le mot mellah viendrait du sel, mellah en arabe, et de la tâche autrefois confiée aux habitants du quartier de Fès : saler les têtes des condamnés. L’étymologie est discutée, mais le nom est resté et désigne désormais tous les quartiers juifs du Maroc.
Celui de Marrakech est créé en 1558 par le sultan saadien Moulay Abdallah, qui regroupe la population juive près du palais royal. La proximité n’est pas anodine : elle place la communauté sous protection directe du souverain, en échange d’un impôt spécifique. C’est une relation de dépendance autant que de sécurité, et elle explique la position du quartier dans la ville.
Ce que l’architecture raconte
Le Mellah se reconnaît immédiatement. Les ruelles y sont plus étroites qu’ailleurs dans la médina et les maisons plus hautes, souvent de trois étages, parce que l’espace était compté et que la population a longtemps augmenté sans que le périmètre bouge.
Le détail le plus frappant est ailleurs : les balcons ouvrent sur la rue. Dans le reste de la médina, l’architecture est tournée vers l’intérieur, autour du patio, et les façades sont aveugles. Ici, on regarde dehors. C’est une différence culturelle lisible dans la pierre, et elle suffit à savoir qu’on a changé de quartier.
La synagogue et le cimetière
La synagogue Lazama, aménagée dans une maison à patio du XVIe siècle, est toujours en activité. La salle de prière donne sur une cour aux murs bleus, et un petit musée occupe les pièces attenantes. L’entrée se fait contre une contribution, et la tenue correcte s’impose comme dans tout lieu de culte.
Le cimetière Miâara, juste à côté, est le plus grand du Maroc : plusieurs hectares de tombes blanchies à la chaux, alignées à même le sol. C’est un endroit silencieux et souvent vide, où l’on entend la ville de loin. Les tombes des rabbins vénérés y attirent encore des pèlerins venus d’Israël et d’Europe.
Le quartier aujourd’hui
La communauté juive de Marrakech est passée de plusieurs dizaines de milliers de personnes à quelques centaines, l’essentiel étant parti entre 1948 et les années soixante-dix. Le quartier a été repeuplé par des familles musulmanes, et la vie quotidienne y est celle de n’importe quelle partie de la médina.
Ce qui subsiste, ce sont les bâtiments, les noms de rue, le marché aux épices, et la mémoire d’une coexistence longue qui n’était ni idyllique ni conflictuelle, mais réglée. C’est cette nuance qui rend la visite intéressante, et c’est aussi ce qu’un commentaire trop rapide fait disparaître.
Adil consacre une visite entière à ce quartier et aux zaouïas soufies, en français ou en anglais.
Questions fréquentes sur cette visite
Peut-on visiter le Mellah librement ?
Oui, c’est un quartier ordinaire de la médina et l’on y circule sans restriction. La synagogue et le cimetière ont en revanche des horaires, et il vaut mieux se renseigner avant, notamment le samedi.
Faut-il un guide pour comprendre le quartier ?
Sans guide, on voit des ruelles étroites et des maisons à balcons sans savoir pourquoi elles sont ainsi. L’intérêt du lieu est presque entièrement historique, et il ne se lit pas sur les murs.
Est-ce respectueux de visiter le cimetière ?
Oui, à condition d’observer les usages : tenue correcte, tête couverte pour les hommes, pas de photographies des personnes en prière, et discrétion. Un gardien accueille les visiteurs et indique ce qui se fait.